Vers Walden

« ... toutes les fois que je promenais mes regards sur l’étang (...) et, au moment le soleil se levait, je le voyais rejeter son brumeux vêtement de nuit, pour, ça et là, peu à peu, ses molles rides se révéler ou le poli de sa surface réfléchissante, pendant que les vapeurs, telles des fantômes, se retiraient furtivement de tous côté dans les bois, ainsi qu’à la sortie d’un conventicule nocturne.»

Extrait de Walden, de H.D. Thoreau

« Chaque jour j’aime faire le tour de l’étang au crépuscule, quand le soleil, transperçant les feuillages, parvient en flaques scintillantes à certains endroits isolés du rivage où fusionnent alors l’eau et la lumière dans des clapotis d’or et de bleu.

Hier soir, ébloui par ces éclats au détour d’un saule dont les branches caressaient l’eau, j’eus la fugace vision d’une Ève assise sur un rocher entre les hautes herbes de la berge. Illusion ou réalité, elle était là, immobile dans les miroitements de l’eau dorée. »

Extrait du journal de Georges Saillard

Georges Saillard

 

du 13 mars au 19 avril 2014
Vernissage jeudi 13 mars à partir de 18h00

  • Vidéo de l'exposition

  • Dossier de presse

    Il est des rencontres qui relèvent de l’évidence, de la connivence, de la filiation. Elles sont rares et précieuses et bouleversent les existences, tout au moins en infléchissent direction et rythme.

    Pour Georges Saillard, photographe et spécialiste de l’héliogravure, ce rendez-vous particulier a eu lieu à l’occasion de la lecture de Walden d’Henri David Thoreau.

    Un double retour aux sources s’est alors imposé à lui : retour aux sources de la photographie, à ses prémices pictorialistes, et retour à un Eden oublié, sommeillant dans son inconscient.

    Walden ou la Vie dans les Bois est un récit publié en 1854 par l’écrivain américain Henri David Thoreau (1817-1862). Il y raconte un épisode de sa vie, idyllique selon lui : deux ans, deux jours et deux mois passés dans une cabane, en forêt, dans le Massachussets, à proximité de l’étang de Walden. De ce long séjour en pleine nature, Thoreau explique comment, au contact de cette dernière et en épilogue de cette expérience, l’Homme peut se régénérer et se transformer, réaliser la nécessité de suivre dans son cheminement le rythme des éléments, des saisons. Entre contemplation et imagination, Walden est perçu, au fil des décennies et des générations, comme une critique du monde occidental, une préfiguration de la pensée écologiste et libertaire. C’est aussi pour nombre de ses lecteurs une porte d’entrée vers l’introspection.

    C’est lors d’un séjour à la campagne, également près d’un étang que Georges Saillard se plonge dans la lecture du livre. Elle fait tout de suite écho aux questionnements qui traversent alors sa vie. Les sentiments, les émotions qui jaillissent entre les lignes sont les doubles de ceux du photographe. Le besoin aussi d’un retour à l’essentiel, à la terre, aux éléments, à la nature.

    L’idée d’une série de photographies en héliogravure lui semble alors être le prolongement artistique de cette proximité philosophique avec Thoreau. Cette série est bien sur un hommage à Walden et à son auteur, mais c’est également pour Georges Saillard un hommage sensuel et sensible à la Terre.

    Il marche dans les traces imprimées de ce récit devenu mythique, en lui adjoignant une figure humaine et féminine. Est-ce une nymphe se lovant dans les eaux des étangs ? Un déesse protectrice de la Nature, à l’apparence paradoxalement fragile et évanescente ?

    La matérialisation des esprits de la faune et de la flore ? Au final un symbole de pureté, le retour à un état premier, la parabole d’un temps où humanité et nature s’harmonisaient.

    Georges Saillard s’interroge et nous interroge également sur cet Eden. Est-ce un mirage, une chimère ?

    Au delà de l’hommage du photographe à l’écrivain, Georges Saillard, par sa technique et sa vision, situe cette série dans la lignée des pictorialistes. Photographe de mode, son oeil est amoureux de la figure féminine. Celle qui hante «Vers Walden» semble intervenir comme une muse.

    C’est aussi une parenté avec Edward S.Curtis qui se dessine dans la manière de mettre en scène l’humain, avec respect, mais avec une touche délicate de sensualité.

    Le grain inhérent à l’héliogravure ajoute à la matérialité et à la sollicitation de nos sens. Ces images ont à voir avec la vibration, le frémissement, le bruissement. L’extrême richesse du rendu donne relief et incite à la pause, à l’écoute. Face à ces images, des sons parviennent à nos oreilles, une brise caresse nos visages. La teinte de certaines images nous entraînent aux frontières du rêve et de l’onirisme.

    Nous quittons la réalité d’un monde fracassant et nous laissons gagner par la sérénité d’un paradis retrouvé.

    «La connaissance, l’expérimentation du monde passent par les mains. Sans ce rapport au toucher, au manuel, mon environnement reste virtuel. Il en est de même pour ma recherche artistique. Elle ne peut être que conceptuelle. J’ai besoin de saisir, de manipuler la matière comme si ma réflexion se nourrissait de ce contact pour s’épanouir.

    L’héliogravure m’autorise tout cela. C’est une technique difficile à mettre en œuvre, lente et capricieuse, mais riche de possibilités. Chaque plaque a ses complexités, ses secrets, un potentiel propre à découvrir. Au final, j’aime que chaque tirage soit un objet unique.» Georges Saillard

    Les photographies de Georges Saillard sont réalisées en héliogravure au grain, technique utilisée par les photographes pictorialistes de la fin du XIXème siècle. Les plaques de cuivre, pièces uniques, servent de matrices à partir desquelles il réalise les tirages sur papier Hahnemüle.

    Les plaques sont ensuite poinçonnées, encrées et vernies rendant tout tirage supplémentaire impossible. Certaines plaques originales de cette série sont également exposées.

  • Biographie

    Georges Saillard est né en 1963. Il vit à Paris. A l’âge de treize ans il reçoit un appareil photo et sait à la fin du premier film qu’il en fera son métier. Il exerce d’abord dans un laboratoire, puis chez un portraitiste avant de pratiquer le reportage comme pigiste pour différents grands quotidiens. Son goût pour l’esthétique l’amène naturellement vers la mode et la beauté. Assistant de différents photographes pendant quelques années, il travaille pendant vingt ans pour de nombreux magasines, catalogues et campagnes de publicité. Il voyage régulièrement en bénévole pour des O.N.G. comme ASMAE Sœur Emmanuelle ou SOS Enfants. En 2009 il décide de donner plus d’importance et de temps à ses travaux personnels influencés par le mouvement pictorialiste de la fin du XIXème siècle. Il utilise principalement une technique utilisée par des photographes tels que Alfred Steiglitz, Edward Steichen, Heinrich Kühn et d’autres : l’héliogravure au grain. Il réalise lui- même ses tirages, leur ajoutant des couleurs avec sa propre technique, préférant des petites séries dans lesquelles chaque épreuve est légèrement différente des autres leur donnant à toutes un caractère unique.

  • Expositions  (sélection)

    2013 MIA Photofair, Milan, Italie

    2012 «Rencontres hors du Temps», Little Big Galerie, Paris, France

    2010 Art 77, Fontainebleau, France 2006 «Sao Paolo - Paraty», Alliance Française de Sao Paulo, Brésil

    2005 «Not exactly Black & White », Galerie Picto, Cape Town, République Sud Africaine

en ligne

Site de Georges Saillard

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